L’ADC ESPIN est parti en OPEX en 2004…

Il est des gens qui n’ont pas besoin de monter les marches à Cannes pour être célèbre ! L’adjudant (R) Espin, originaire de Gap, en fait partie. Des connaissances passées et ses camarades actuels du 4° Régiment de chasseurs (Gap) ne tarissent pas d’éloges à son sujet. Nous avions prévu un créneau pour nous entretenir et j’avais oublié quel poste il occupait sur le théâtre. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, en allant porter mon linge un matin à 6h30. avant de partir en patrouille, de me trouver nez à nez avec le personnage en question ! Passant sa tête par la porte, “Barthès” – c’est aussi comme cela que ses amis l’appellent, et l`on comprend aisément pourquoi en voyant son crane chauve et ses yeux rieurs ! – me décoche un énorme sourire et m’accueille avec un jovial « Bonjour ! Je suis l’Adjudant Espin, dit le “nettoyeur” ! Qu’est ce que je peux faire pour vous ? »

Service express

Si cela n’est pas du service ! 6h30 – 18h30 tous les jours sauf le dimanche, mais on peut s’arranger, si on ne peut pas faire autrement ! Avec sa pointe d’accent du Sud, il accommode tout le monde, comprenant les contraintes des soldats qui enchaînent patrouilles sur services, MANPAD sur checkpoints. .. Et toujours avec le sourire, quelle que soit l’heure de la journée, l’humeur du moment et les contraintes du boulot. Pourtant, tout aussi incontournable que soit sa fonction, on pourrait penser que le travail n’est pas des plus valorisants, d’autant qu’il est aussi en charge des produits d’entretien (savon, papier toilette…) et de leur remplacement pour tous les lieux sanitaires du BATFRA. Et bien, l’Adjudant (R) Espin en est pleinement satisfait et prend son boulot très à cœur ! « Grâce a ce job, je croise et je connais tout le monde sur KIA », se réjouit le « nettoyeur ». « En outre, le fait d’arranger les uns et les autres en fonction de leurs contraintes opérationnelles fait qu’eux aussi me proposent des trucs sympas en contrepartie ! », ajoute-t-il en faisant référence au tour en hélicoptère Blackhawk turc avec les commando du CPA 10. Et de mentionner aussi le fait qu’il est son propre patron. Il est vrai qu`avec quatre UTLC et deux « lavandiers » afghans, il fait tourner une véritable petite entreprise l

Un soldat heureux

« Je suis en Afghanistan, je fais un travail qui me plaît, je connais tout le monde, et comme je ne suis pas un réserviste réservé, les gens me le rendent bien ! Je suis vraiment un soldat comblé ! », confirme-t-il. L’adjudant (R) Espin reconnaît que le seul fait d’être parti en opération extérieure représente une belle opportunité pour un réserviste. « En 2003, j`ai failli partir au Tchad, mais finalement, je ne disposais pas de spécialité pour partir au sein du PRCM », explique-t-il. Cette fois-ci, profitant de l’opportunité d’être déguisé en Père-Noël pour le Noël du 4° RCh, il ose demander une faveur : accompagner ses homologues d’active de l’UCL  sur la terre de Massoud. Requête accordée : il se retrouve adjoint de l’officier du matériel… et responsable de la laverie.

L’adjudant (R) Espin a fait bien évidemment ses preuves auparavant. Loin d’être un novice dans l’institution, il est réserviste depuis 1986. A l’époque, alors qu’il regrettait de ne pas s’être engagé à l`issue de son service national au sein du 11° Centre d’instruction de l’arme blindée cavalerie, où il occupait les fonctions de moniteur pilote AMX l0P, c’est son ancien adjudant d’unité, le major Smara, qui lui propose la réserve pour raccrocher avec “sa passion ». Boucher de métier, il reprend donc du service dans la réserve, au 15-9, à Briançon d’abord ; puis au 19° Régiment de chasseurs, et enfin au  4° Régiment de chasseurs à Gap. Un jour, il est victime d’un terrible accident de moto. Après quinze jours de coma et un an d’hospitalisation, il s’en sort avec un bras affaibli qui lui enlève son aptitude au test de boucher. D’où un reclassement professionnel et un permis transport en commun (TC) a la clef. Depuis, « Barthès” sévit dans les rues de Gap comme conducteur de bus de la ville. Et là encore, il s’en trouve heureux : « J’ai toujours voulu conduire un car. Finalement, mon malheur a fait mon bonheur ! » Une force de la nature cet homme ! Et quand on sait qu’il décore son bus pour toutes les occasions festives (Carnaval, Halloween…) et parvient même à arrêter la circulation dans les rues de Gap pour laisser passer le char de son commandant d’unité partant, on ne s’étonne pas de voir la jovialité se répandre à son contact ! Un rayon de soleil dans un sac de linge !

LTN Garance GASCON

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